Marie chez les psy…

Après Astérix chez les bretons,  voici Marie chez les psy.

2th

En 22 ans, j’ai eu l’occasion d’être la patiente de sept médecins psychiatres. Je sais, ça fait beaucoup, mais ne suis-je pas instable?

La première était bien. Elle était là pour me soutenir au départ de ma mère pour un monde meilleur. Disons que j’ai perdu pied et qu’elle fut ma béquille durant quelques années.

Mais elle a préféré intégrer un établissement spécialisé comme ils disent. En qualité de médecin bien sûr. Quoi que…je n’en sais rien en fait.

La seconde ne dura que le temps d’écrire ces lignes. Elle se rhabillait systématiquement lorsque je pénétrais dans son bureau, comme pour éviter un viol intempestif. Trois séances en ont eu raison.

La troisième. Ah la troisième! un vrai poème! Elle tenait plus de la voyante que de la thérapeute. Affublée d’un turban façon Madame Irma, elle fumait comme pour recréer le brouillard de Londres. Son chien couché sur un fauteuil, moi couchée sur un divan. Elle me hurlait dessus quand j’osais trop l’ouvrir. Donc je la fermais et elle râlait quand je ne disais plus rien. La situation était sinon bizarre, du moins chimérique. J’étais tombée dans la 4ème dimension.  Elle cessa carrément son activité pour des raisons inconnues de ma personne. Peut-être que sa santé mentale l’avait faite passer « de l’autre côté » du miroir? qui sait?

Je cessais mes thérapies durant quelques mois.

Je les repris avec une charmante thérapeute que je devais quitter deux années plus tard. Cette femme voulait trop diriger mon existence, même pas en rêve docteur! Lorsque je l’ai appelée pour lui signifier l’arrêt de mes consultations, elle m’a répondu : « de toute façon, je sais que vous reviendrez vers moi en courant ». Sa certitude était pathétique! Et cette phrase à elle seule m’a confortée dans cette décision. Depuis je cours, oui, mais aux azimuts de cette femme.

Je devais passer trois ans avec la cinquième, psychiatre spécialisée dans l’analyse. Intéressante et parfaite pour moi…Jusqu’à ce qu’elle prenne sa retraite!!! j’étais abattue et perdue quand elle me l’a annoncé. Elle me proposa toutefois de continuer, chez elle, nos consultations. Je refusai catégoriquement, mes finances ne pouvant suivre en payant sans remboursement.

Ne pouvant me passer d’une écoute professionnelle, je suis tombée dans la toile de la veuve noire. Belle black, superbe black. Et drôle de médecin. Elle jonglait avec son cabinet et l’hôpital psychiatrique du coin. Ce qui se traduisait pas des rendez-vous manqués une fois sur trois. Mais le plus curieux c’était sa manière de procéder. J’étais, selon ses dires « quelqu’un d’exceptionnel et d’une intelligence hors du commun, vous êtes un cas très intéressant ». Je lui accorde le cas intéressant au vue de mon syndrome et autres troubles psychologiques.

Ayant fait trois ans d’études en psychologie, je peux vous dire qu’elle pratiquait la manière « je suis d’accord avec vous, vous êtes formidable »…une astuce pour calmer la bête qui sommeille en nous. Elle me parlait comme si elle s’adressait à un enfant, ce qui avait le don de me mettre dans un état de bien être profond en accentuant mon côté immature et naïf. Ça ne m’aidait en aucun cas! Il m’est arrivé d’imaginer cette femme pensionnaire de son asile et s’échappant de temps à autres pour jouer au psy! lol plus rien ne m’étonne!

Une erreur de sa part cependant,  m’a fait partir à la vitesse d’une TGV en retard. Elle a commencé à m’appeler « ma grande » (déjà, le signe d’appartenance n’a pas lieu d’être entre un patient et son thérapeute), pour finir par « mon bébé ». Son mal d’enfant ne m’intéressait aucunement et je ne payais pas 52 euros pour combler cette carence. J’ai donc dit Adieu à la gentille dame.

A nouveau prise d’angoisses et souffrant de ce vide sans l’appui d’un médecin, je me tournai donc vers la première venue. Une pédopsychiatre que je contactai par téléphone. Je laissai un message sur son répondeur…

« Bonjour docteur, je suis MP Nadal, je sais que vous êtes pédopsychiatre, j’ai 52 ans mais 15 ans et demi dans ma tête. S’il vous plait, aidez-moi. Ma démarche est personnelle et je n’ai pas d’avis médical. Merci de me rappeler au …. ».

Ce qu’elle fit dans l’heure qui suivit. C’est en souriant (ça s’entend au phone) qu’elle m’accepta parmi ses patients. Je ne vous dis pas le soulagement et la joie, j’ai presque cogné ma tête au plafond. Je pense qu’à cet instant précis, elle s’est rendue compte de l’ampleur des dégâts lol. Un Aspie qui est content, on s’en aperçoit. C’est joyeux et ….sonore!

Dès le premier rendez-vous, le transfert est passé. Quand vous êtes homo et que vous avez en face de vous le sosie de Brigitte Fossey (désolée si vous lisez ces lignes docteur, à présent, vous savez!), ledit transfert est total!

Transfert/contre-Tranfert

Petite parenthèse pour définir ces appellations.

Le transfert est ce lien spécial que ressent le patient pour son thérapeute. Ce n’est pas de l’amour, c’est juste une grande confiance et un sentiment léger.

Le contre-transfert est le sentiment amoureux, lui, que ressent le psychiatre pour son patient. Cet état est d’autant plus dangereux lorsque le patient est influençable. Le thérapeute a le devoir déontologique de cesser les consultations. Les sentiments ne se commandent pas mais en tant que médecin, c’est déontologiquement interdit.

 

Bref. Et comment se passe une séance me direz-vous?

Rien de plus simple. Vous vous asseyez sur un fauteuil (rares sont les divans) et vous répondez à la dame le plus sincèrement possible. Il m’arrive souvent de faire rire Brigitte Fossey, par mes mimiques ou mes façons de parler. Je me régale de la voir rire. Ma dernière séance fut ce vendredi. Le temps était exécrable. Je suis entrée dans le bureau en lui disant : purée, on a un temps de fou! oh pardon.

Elle a souri. Ce fut la promesse d’une belle séance de 45 mn.

Consulter un psychiatre n’a rien d’humiliant. C’est un besoin et un nécessité. Lorsque vous avez mal au dents vous allez chez un dentiste, quand vous avez mal à l’âme, c’est le psy qu’il faut voir.

Il est évident qu’il faut bien le choisir. Vous allez lui dire des choses que vous ne diriez pas à votre miroir.

Les amis c’est bien et ils sont là pour vous soutenir. Mais ils ne sont pas forcément de bons conseils et sont de toute façon de parti pris. Un médecin est neutre et professionnel. Quelques séances peuvent suffire à soulager ou comprendre.

N’ayez donc pas de crainte si votre mental vous titille. Si vous vous posez des questions, c’est déjà un grand pas vers la solution et l’espoir!!

Dans mon cas, c’est à vie je le sais. Mais je ne m’en plains pas! j’adore ça!!

th

 

 

 

 

 

 

2 Réponses à “Marie chez les psy…”

  1. BernartZé dit :

    Votre « billet d’humeur » (peut-on l’appeler ainsi ?) est vivant et drôle, incisif et informatif (!)…ce qui n’est pas surprenant étant donnée votre grande expérience de la pratique du tête-à-tête entre quatre z’yeux (si aucun d’eux ne cherche à fuir l’autre regard !).

    Vous laissez aussi entendre à juste titre combien il est difficile de rencontrer « la bonne personne » afin de ne pas perdre son temps et de dissoudre tout espoir de guérison…quand elle est possible.
    Le hasard et la chance suffisent rarement à faire que des atomes crochus se créent.
    La qualité d’écoute fait toute la différence ; mais dans le cadre d’une psychothérapie la conversation peut aussi vite dériver vers des sujets « étrangers » ou du quotidien qui ne finissent que par…noyer le poisson en s’écartant du sujet principal « moi moi mon Moi, mon Ça et mon Surmoi ».
    Mais peut-être est-ce tout simplement ce qui vous plaît le plus depuis plus de deux décennies dans ces séances se déroulant dans un univers clos et rassurant ??

    …B.

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